Festival International de Théâtre d'Avigon 2017

En préambule aux critiques littéraires de la saison de 2017, lesquelles serviront, disons-le, d'exutoire au théâtre, nous préservons précieusement cet éloge de 2015, rédigé d'après une conjoncture sociale sanctionnant qui les acteurs, qui les intermittents du spectacle.

Un point de vue général, la critique à Avignon a toujours été élogieuse, quand bien même eût-elle émis timidement des réserves sur certaines mises en scène attribuées à des maniaques de la perfection théâtrale, à d'autres jouant sur l'effet de longueur ininterrompue des pièces lancinantes réservées aux insomniaques, voire encore quelques uns empreints de superfétation lyrique très alambiquée...tentant d'extraire l'essentiel du thème scénique exploité. Bref ! Le In. Le Off. Tous deux ont leur public respectif qui quelquefois est le même qui, en quête de singularité conforme à une idée qu'il se fait du théâtre, recherche l'insolite, au pis l'originalité à découvrir dans le classique : valeur sûre de la culture. C'est en quelque sorte la particularité d'Avignon : faire du vieux avec du neuf et vice-versa. Dans l'ensemble fort réussie, cette alchimie culturelle convoque un nombre hallucinant de spectateurs, fortement versés dans la critique, d'ailleurs, lequel ne semble, a priori, point se lasser de cette confection théâtrale. Doit-on parler de concoction pour le théâtre amateur ? Pas vraiment !

Pour ce cinquantième anniversaire, le projet de Jean Vilar inspiré par l'esprit du Théâtre Populaire de Firmin Gémier, au début du siècle dernier, vieillit mal ! C'est-à-dire qu'il reste donc jeune... Quand on vieillit bien, c'est que le processus de détérioration organique de la matière se réalise conformément à sa dégradation programmée par le temps ; on râle d'assister impuissant au blanchiment des cheveux, à une espèce de monotonie quotidienne qui nous envahit et nous fait regretter une espèce de vie, inachevée pour certains, mal vécue par d'autres et absente pour les plus érudits de la chose : vie que nous ne pouvons plus revivre ! Tans pis pour ceux qui se croient jeunes à soixante ans, ils s'apercevront très vite de leur état en étant confrontés aux jeunes (les vrais) qui indolemment véhiculent une entité toute fraîchement émoulue que nous envions, malgré notre déni de raison.

Quant au Festival lui-même, les Mauvaises langues le voulaient moribond, alité au chevet de la culture internationale du théâtre ; récupéré par les uns, vendu par les autres aux plus offrants. D'aucuns animé de rancune refusent d'y revenir, vitupérant à l'encontre des organisateurs et des loueurs de salles dont les tarifs grèvent le budget maigre des artistes ! Il n'en est rien ! Jugez plutôt. Pour rentrer dans le vif du sujet, 1300 représentations dans le OFF ! Trente nations représentées : Guadeloupe. Guyane. Nouvelle-Calédonie. La Réunion. Ceux-ci pour la France. Allemagne. Argentine. Australie. Belgique. Brésil. Canada. Chine. Comores. République de Corée. Danemark. Espagne. États-Unis. Finlande. Grèce. Haïti. Italie. Japon. Mauritanie. Mexique. Monaco. Roumanie. Royaume-Uni. Suisse. Taïwan. Ukraine. Un véritable village du monde qui s'installe du 4 au 26, chaque année. Un exemple universel consensuel d'une mondialisation culturelle que même l'Europe est incapable de réaliser.

La politique culturelle maintenue cahin-caha par les gouvernements successifs depuis Malraux n'ayant su comment gérer véritablement les statuts des Intermittents du Spectacle, est de plus en plus confrontée à une adéquation insoluble dans la géométrie plane des différents acteurs hiérarchisés dans la culture devenue économique. Pas d'intermittent. Pas de spectacle ! C'est aussi bête que cela ! Comment alors préserver ces intervenants sporadiques qui suivent les dates fluctuantes de boulots disséminés au cours d'années de plus en plus incertaines ; crise économique s'attribuant le rôle de vecteur social pour attester de la conjoncture. En effet, les arguments pour réduire au maximum les dépenses dites onéreuses des frais occasionnés par un système complètement inadapté aux nécessités professionnelles, ne tarissent pas de démonstrations sociétales étayant des intentions malveillantes de fond de la part des subordonnés à cette entreprise !

Ne nous détournons-pas, toutefois, du sujet qui nous intéresse, ce jour, à savoir le Festival International de Théâtre d'Avignon ; bien qu'il faille évoquer tout ce qui s'y rattache.

Le crû 2015 apporte un souffle d'air assainissant les miasmes asphyxiants des années précédentes qui se sont entretenues dans une parodie scénique redondante, provoquant la lassitude chez les accros du renouveau. Que s'est-il passé en si peu de temps ? De grands noms de la littératures reviennent avec force à l'affiche ; mais cela a toujours été, me feriez-vous remarquer. Certes ! On joue Camus, Sartre et les Autres dans un enfer paradisiaque ! Les adaptations foisonnent dans un texte scrupuleusement respecté pour le plus grand plaisir du spectateur qui se réjouit de retrouver sur scène ce qu'il a découvert dans ses lectures exhaustives. Les Classiques subsistent malgré les novations en tout genre qui exploitent les thèmes sociaux d'actualité. Les grands de l'Histoire (pour n'en citer que quelques uns) sont là : Le Père Charles de Foucaud, Saint-Augustin, l'Abbé Pierre, Khalil Gibran, etc. etc. Hugo ! Eschyle ! Une palette colorée de figures emblématiques de l'Histoire avec un grand H de cette humanité acculturée, servent la cause adaptée de la représentation théâtrale.

En quelques mots, nous pouvons sans ambages être affirmatifs sur un point, nonobstant à toutes les pièces théâtrales jouées...au Festival : les thèmes appartenant à divers contextes sociétaux, comme la culture, les mœurs, la religion, la politique et tant d'autres dont la liste est loin d'être exhaustive, sont intrinsèquement approfondis pour une vulgarisation scénique de leur entité respective. C'est en soi, une prouesse artistique, lorsque l'effort est récompensé par un public faisant montre d'assiduité dans la fréquentation des salles. Certaines compagnies en sont à leur cinquième année justifiant un succès accru avec l'expérience : récompense méritoire quant on connaît les goût très éclectiques du public enclin à rechercher, à juste titre, de la création ! Est-il cependant judicieusement critique dans l'art théâtral pour juger de la valeur d'un travail et du talent des acteurs ? Sincèrement, au regard des manifestations culturelles qui se multiplient, en France notamment, « on » ne peut pas soutenir l'idée que le jugement d'esprit intellectualise celui de la raison détournée de sa propension première qui n'est autre la connaissance de soi avant celui des autres.

Jean Canal. 24 juillet 2015.

 


Affiche rue des Teinturiers. Avignon. luillet 2014
Affiche rue des Teinturiers. Avignon. luillet 2014
Juillet en Avignon.
Juillet en Avignon.

Nos liens permanents

 

A titre d'Indépendant de la presse, nous sommes reconnaissants à l'égard du OFF pour nous faciliter la tâche dans notre travail.

Photos et reportages finalisent cette manifestation exceptionnelle en constituant une banque d'archives qui d'ores et déjà commémorent le Festival d'Avignon pour lui assurer une perennité au-delà des frontières. Elles sont mises à la disposition du grand public pour une utilisation personnelle et professionnelle et de la presse ainsi qu'une utilisation journalistique.

Nous demandons aux utilisateurs des photographies de respecter le travail effectué en mentionnant le nom de l'auteur pour Copyright : Jean Canal. 

Affiche sur mur Avignon.
Affiche sur mur Avignon.